« Reworks » du « Mellotone Project » et ses 8 titres composés par Bruno Green et remixés par Gildas Brugaro peuvent se proposer comme une synthèse qui contribue aux fonds sonores hors pistes mainstream ; avec ce que la musique électro a pu apporter d’instrument de composition et de navigation créative, aux générations de musiciens explorateurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Voici donc une plongée dans cet univers ouvert aux vents d’introspection.
Fissions musicales
Bruno Green et Gildas Brugaro se rencontrent à leur arrivée à Rennes en 1982 alors qu’une intense activité musicale s’y déroule. Nombres de groupes ont pris leurs racines historiques au cours de cette période, localement et nationalement d’ailleurs. Ce foyer du rock et de la new wave se manifestera avec des groupes comme Marquis de Sade, Marc Seberg et Complot Bronswick, entre autres. Des festivals comme Les Transmusicales mettent alors en lumière des artistes tels qu’Etienne Daho pour le local, sans oublier le duo Kas Product pour la région nancéenne, qui aujourd’hui diffuse sa musique depuis Rennes, sous le nom de Kas Product Reloaded.
La vie continue et éloigne Bruno et Gildas, chacun dans sa direction musicale propre avec des projets nouveaux. En 2015, les réseaux permettent à Bruno de retrouver la trace de Gildas et suivent avec intérêt son activité musicale sous l’alias SRVTR, notamment.
En 2024, Gildas découvre et apprécie le nouveau projet de Bruno, The Mellotone Project. À l’été 2025, Bruno lui propose de remixer un ou deux titres issus de cette trilogie enregistrée et produite outre-Rhin, à Berlin. Le temps de réflexion a fait son œuvre et Gildas fait le choix audacieux de remixer l’intégralité du troisième volume, “Love particles”.
Cette prise de risque artistique de Bruno séduit Gildas. Et voici que ces deux-là se retrouvent avec comme étendard l’ouverture d’esprit et l’attirance pour les musiques européennes et électroniques. Gildas s’engage pleinement. La trilogie résonne avec leur culture musicale commune : la période berlinoise de David Bowie, le krautrock et la cold wave, autant d’influences fondatrices partagées.
Le résultat enthousiasme les deux artistes. Une évidence sonore s’impose et de cette alchimie naît l’envie de poursuivre l’expérience humaine et musicale. Naîtra ensuite ArtKlang, travail immersif, instinctif et spontané, enregistré et produit en l’espace de quelques semaines et ce malgré la distance et les mers qui séparent Bruno Green et Gildas Brugaro.
« Reworks » et nouvelles pistes
Juste après le Play, vous embarquez avec les compositions de Bruno Green remixées par Gildas Brugaro aka SRVTR (Gildas qui a également signé le graphisme de la pochette de cet album). L’équipage vous guide pour une croisière aux accents parfois dystopiques. Comme des nappes tendues de Brian Eno, qui se transforment en voiles, pour aller plus loin, et on ne sait pas forcément avec quelle intensité vous allez vivre ce moment en 8 chapitres.
Du krautrock, en vagues effarées, qui revient par cette collaboration entre France et Canada. Un sépia au mix profond où le souffle retrouvé de l’auditeur doit permettre de se concentrer sur l’inconnu, qui vient au rythme et au fil du parcours proposé.
Immersif et spontané sont les deux adjectifs qualificatifs qui se font ressentir dès les premiers instants, dans cette suite royale musicale, qui comme une galerie fait apparaître les tableaux de la mémoire imprimée de ce que l’homme peut créer d’inquiétude et de chaos.
Une certaine quiétude y règne tout de même, une chaleur humaine même du fait de la minéralité omniprésente. Les textures de son, déterminées dans leur clarté, vous rassurent et vous enveloppent d’un cocon d’où l’on ne veut pas sortir. C’est une berceuse où les variantes vagues vous laissent naviguer où bon vous semble. C’est la part belle à l’imaginaire, comme pour mieux nous faire ressentir le besoin de retenir l’enfance et ses escapades fantastiques hors de contrôle.
Un pays qui n’est pas des mêmes merveilles de Charles Lutwidge Dodgson alias Lewis Caroll mais où Bruno Green et Gildas Brugaro du Mellotone Project vous offrent une traversée de mers synthétiques, pour mener aux rivages d’une trans démente et qui honore le règne de la destruction des repères, pour mieux recomposer une nouvelle entité.
Il y a ici, au long cours de ces 8 titres, un héritage de ce que la cold wave a su partager dans ses différentes œuvres, comme l’illustration, la bande son, des 40 ans passés depuis la catastrophe de Tchernobyl. Plus du tout d’insouciance à la vue des particules qui flottaient et qui flottent encore sur l’univers industriel que l’homme créait, pour tenter de dominer la nature.
La musique de nos compères du jour est là, en bienveillante fée des songes. Comme une roue de fête foraine qui offre des émotions changeantes.
« Reworks » résonne, vibre et plonge en rappels dans les abysses de ce que l’esprit permet de réflexion et d’introspection. Ces ambiances, hors des sentiers battus, sont des nappes envahissantes à la simple existence, qui par de jolies mélodies d’un piano bastringue lointain, redonnent confiance par le sentiment d’expérience acquise.
C’est en sorte une certaine idée d’un romantisme moderne et assumé que Bruno Green et Gildas Brugaro nous donnent avec ce « Reworks ».
Guillaume d’Arsène
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