Robert Duvall n’est plus et c’est tout un pan de l’histoire du Cinéma Américain qui s’efface peu à peu. Ce natif de San Diego fut, ce qu’on appelle dans le métier, un « acteur solide ». Que ce soit au premier plan ou dans la peau d’innombrables seconds rôles, ce touche-à-tout de génie s’illustra dans de nombreux chefs-d’œuvre et marqua de sa « coolitude » absolue l’écran noir de nos nuits blanches.
Nous sommes dans le milieu des années 50. Alors jeune étudiant en théâtre, Rober Duvall fait ses armes au « Neighborhood Playhouse School of the Theatre » de New York et a pour colocataires Dustin Hoffman et Gene Hackman. L’acteur cachetonne et tente de percer. Quelques prestations sur scène et de timides rôles à la télévision pour « La Quatrième Dimension » ou « Le Virginien » mais rien de bien saisissant…jusqu’à cette incarnation remarquée d’Arthur « Boo » Radley (amateurs de Bernard Lenoir, bonsoir) dans l’humaniste « Du Silence et des Ombres » de Robert Mulligan. Une partition nuancée qui va asseoir instantanément la réputation de notre « plus si jeune » premier. Dès lors, les succès et les films inoubliables s’enchainent. « Bullitt » de Peter Yates, « Cent dollars pour un shérif » d’Henry Hathaway (avec un Oscar à la clef pour John Wayne), « MASH » de Robert Altman (Palme d’Or en 1970), « Joe Kidd » de John Sturges ou encore l’intriguant « THX 1138 » du frétillant George Lucas, la classe et la décontraction naturelle de l’Ami Américain sont prisés par Hollywood. Puis c’est le choc absolu avec « Le Parrain » de Francis Ford Coppola où notre Robbie Belle Gueule donne la réplique, avec assurance, à Al Pacino et James Caan. Détail de taille : tapez « Duvall Brando lines » sur le Net. Non, ce n’est pas un fake new mais bien une photo du tournage étonnante où un Marlon Brando paresseux, refusant d’apprendre ses lignes de dialogues, fait face à notre quadra amusé. Ce dernier lui montrant ses répliques inscrites sur une pancarte ! No comment ? No comment.
Ce caprice d’un « Dieu » n’empêchera nullement une suite (et quelle suite) à cette saga familiale et balbutiera même une quatrième collaboration avec le cinéaste italien pour son paranoïaque « Conversation secrète » (« Palme d’Or » à Cannes). Duvall s’incline devant son pote Hackman et rejoint le grand Sidney Lumet dans le suffocant « Network ». Le monde du 7ème Art se l’arrache ? 1979 va créer l’hystérie ! Son incarnation déjantée et détachée du Lieutenant-Colonel Bill Kilgore dans « Apocalypse Now » (« Palme d’Or » à Cannes… bis) marque d’un fer rouge la pupille de tout cinéphile et sa réplique : » J’adore respirer l’odeur du napalm le matin » enflamme le Festival Cannois. En ces années 80 naissantes, Robert Duvall tient les montagnes de la Californie dans sa main et ne les lâchera plus.
Oscar du meilleur acteur en 1983 pour « Tendre Bonheur » de Bruce Beresford (« Miss Daisy et son chauffeur »), il donne aussi bien la réplique à Ellen Barkin qu’à Robert Redford ou Sean Penn. A raison d’un film par an, Robert Duvall devient une figure appréciée sans pour autant sombrer dans le star-system. Sa présence rassurante, son sourire en coin et son jeu « en dedans » font de ce « Monsieur Tout le Monde » un archétype du Working Class Hero. Cow-boy solitaire, il se mue, dès 1990, en mentor pour Tom Cruise dans le pétaradant « Jours de Tonnerre » de Tony Scott. Leur complicité, pourtant flagrante, ne se rejouera que 22 ans plus tard dans le tiède « Jack Reacher » de Christopher McQuarrie. Autres collaborations ? Joel Schumacher, Walter Hill, Ron Howard (pour son épatant « Le Journal ») et Mimi Leder sans oublier des retrouvailles notables avec Robert Altman pour « The Gingerbread Man ».
1997 sera, aussi, une année déterminante. Réalisateur et scénariste pour son premier film « Le Prédicateur », il est nommé pour l’Oscar du meilleur acteur et obtient un succès critique et mérité par ses pairs.
Déjà l’an 2000. À l’ère des blockbusters décomplexés en ce nouveau millénaire, notre producteur s’affiche-désormais- dans des productions ultra populaires (« 60 secondes chrono », « A l’aube du 6ème jour », « Open Range » …) sans jamais renier sa part « indépendante » (« Thank you for smoking », « La nuit nous appartient », « La Route » et surtout « Assassination Tango », deuxième et brillante réalisation mêlant polar et tango argentin). Hélas, la décennie suivante se montrera nettement plus dure pour notre Monstre Sacré.
Seuls « Le Juge » de David Dobkin (où il partage l’affiche avec Robert Downey Jr et décroche le Golden Globe et l’Oscar du meilleur second rôle) et « Les Veuves » de l’élégant Steve Mc Queen émergeront d’une filmographie anecdotique et « frileuse ». Pour preuve, sa dernière réalisation- « Wild Horses »- ne connaitra pas les honneurs d’une exploitation en salles en dépit d’un casting glamour. De loin en loin, sa présence magnétique s’estompera pour laisser place, en ce triste 15 février 2026, à un vide immense.
Marié quatre fois, Robert Duvall ne connut jamais les joies de la paternité.
Depuis sa disparition, il laisse derrière lui des milliers de ciné-fils, tristes et reconnaissants.
John Book.



