Et puis, il y a des séries qui te tombent dessus sans crier gare. Tu procrastines et tu te demandes ce qu’est devenu Kiefer Sutherland. Tu penses à son regretté père et à ses deux chefs-d’œuvre : » Ne vous retournez pas » de Nicolas Roeg et « L’invasion des profanateurs » de Philip Kaufman (traumatisant remake du film de Don Siegel). Petites recherches sur le rejeton et tu t’arrêtes sur une série inconnue. Quoi ? Il y aurait une vie après « 24 heures » ? Le cerveau est ainsi fait, opposant deux univers simultanément et larguant des souvenirs de films en pleine cinquantaine rugissante. BIM ! Tu te rases devant ton miroir et c’est le tout Hollywood qui déboule. C’est le cas pour ce « Génération Perdue » dont les images iconiques (ce gang de vampires suspendu sous un pont) et la B.O. (tu te souviens du saxo moite de Tim Cappello ?) ne cessent de jalonner mes réminiscences aléatoires. « L’expérience interdite », aussi. « Young Guns ». « Mirrors ». Mais je m’égare. Putain, je m’égare. Retour à Lust4Live et à « Rabbit Hole ».
Pour te la faire rapido, voici une série paranoïaque et exaltante où chaque retournement de situation semble dépasser le précédent en intensité. Houuuuu ! Je l’entends, déjà, la petite mélodie post-11 septembre en termes de raz de marée télévisuel. « Cela fait 25 ans que cela dure… »- » Kathryn Bigelow » nous a déjà fait le coup l’année dernière ». » Bon, le super espion qui sauve le monde, cliché éculé ? ». Non. « Rabbit Hole » ( propagation de fake news en français) n’est pas « HomeLand ». Point de terroristes à l’autre bout de la planète. Point d’ennemis à notre porte. Ici, le danger se concrétise sous une forme banale : la concurrence farouche entre deux entreprises et des parts de marché à saisir…Au milieu ? Une sorte d’équipe disparate nourrie de « Mission Impossible » et d’arnaques en tous genres. A sa tête ? John Weir, patron totalement « aware » et sévèrement flippé. Son credo ? Désarçonner puis annihiler la concurrence contre un bon paquet de biftons. La morale ? Quelle morale ? D’ailleurs, voici un contrat juteux que notre « Agence tous risques » ne peut refuser. Manipulations. Chantages. Photos compromettantes. L’affaire est pliée. Jusqu’à ce que cet énième stratagème n’endommage les proches de notre anti-héros et l’oblige à prendre la fuite…
T’en veux, des « climax » de folie, des situations follement surréalistes et des cadavres qui renaissent d’entre les médias ? T’en veux des épisodes addictifs qui t’obligent à te coucher plus tard qu’à l’accoutumée ? T’en veux, de la classe américaine et de la grande pointure anglaise ? Big Brother is coming to Town ! Aux commandes de cette chasse à l’homme ultra connectée, deux figures : Glenn Ficarra et John Requa (coréalisateurs du touchant « I love you Phillip Morris », de la cultissime série « This is Us » et coscénaristes de « Bad Santa »…rien que pour la création de ce dernier, ce duo a le droit à mon respect éternel).
Coté réalisation, « Rabbit Hole » bénéficie d’un très beau tournage en Scope et de cadres précis. Pas de « flottements » visibles à l’écran (tu sais, cette vieille manie de faire bouger légèrement la caméra durant un dialogue afin de relancer l’attention du téléspectateur amorphe/voir l’intégrale sous coke des « Experts ») mais une attention toute particulière portée sur le montage. Ainsi, la série s’amuse à « remonter » son fil narratif pour mieux nous duper car, nous le savons, le diable se cache dans les détails. D’où cette impression constante d’être dans une immense cour de récré où les « pan ! T’es mort » rebondissent instantanément sur les « on dirait que ce s’rait pour de faux ! ». Où chaque image est un leurre et chaque information une mauvaise blague. Quelle série peut se targuer (« target »?) de nous faire avaler de telles couleuvres avec un si grand consentement de notre part ? Quelle série joue aussi habilement avec les possibilités infinitésimales de son protagoniste pour mieux fracasser la réalité ? Quelle série clôt chaque acte par une révélation abracadabantesque mais possède, in fine, sa propre logique interne ?
« Rabbit Hole », c’est Oliver Stone période « Snowden » couplé avec « Les Feux de l’Amour ». C’est l’efficacité d’un « Conversation secrète » de Coppola se frottant à l’hyperactivité d’un « Phone Game » de Joel Schumacher. C’est l’attrait de l’interdit. Mi berlingot, mi ecstasy.
Sortez les paillettes ! Parterre de stars pour CBS ! Quitte à verser dans une quête frénétique de la vérité, autant verser dans le clinquant. Sutherland Junior se voit donc associé à la crème de la crème question acting. L’ impeccable Charles Dance ( issu de la « Royal Shakespeare Company » de Londres, son pedigree et sa carrière- « Imitation Game », « Game of Thrones », « The Crown », etc…- parlent pour lui), Meta Golding ( présence solide et beauté intemporelle remarquées dans « Dr House » ou « Esprits criminels »), Rob Yang et Erin Karpluk ( impériaux dans « The Americans ») et les magnétiques Lance Henriksen ( un habitué de Sidney Lumet mais aussi d »Alien »!) et Peter Weller ( marquant dans le fatal « Robocop » et l’anti Arme fatale « Blue-Jean Cop ») entérinent une distribution quatre étoiles, sans se forcer.
Au beau milieu de ces figures imposantes, Kiefer se la joue filou. Regard fuyant. Sourire compatissant. Montant dans les tours ou modulant sa voix selon ses interlocuteurs, nous le suivons sans broncher dans sa schizophrénie exponentielle. Certains se seraient crashés dans ce multivers psychique. Kiefer, lui, assure. Son jeu fait le yo-yo sans le moindre faux pas. Et ses pétages de plomb sont sensationnels.
C’est ma faiblesse.
Depuis plus de 30 ans, Kiefer est ma garantie de douce folie. Sa gueule de Bad Boy et son nom imprimés sur la jaquette d’un DVD sont, pour moi, la promesse d’un Grand-Huit émotionnel. Qu’importe le montant de la production ! Qu’il soit confortable ( » Juré numéro 2″ de Clint Eastwood) ou plus modeste ( » Dark City » d’Alex Proyas). Qu’importe les casseroles que tu trimbales, tes « fuck » à l’ordre public et tes frasques alcoolisées !
Kiefer, tu me fais kiffer !
John Book.



