Vu en avant-première, à l’occasion de l’épatant festival Hanabi édition 2026, « La fille du Konbini » est un régal d’intelligence et de finesse. Adapté du roman de Sayaka Murata publié en 2016, ce (pas si) long-métrage décrit le quotidien d’une jeune femme en proie au doute. Entre un travail alimentaire au sein d’une supérette, des jours « off » étriqués dans un studio minuscule, des « after » alcoolisés avec ses collègues et une alimentation calée sur une paye dérisoire, Nozomi s’ennuie. Les regrets peuplent ses pensées et l’avenir semble prendre la forme d’une impasse chaque jour un peu plus. Contre toute attente, la réapparition soudaine d’une amie (connue au lycée) extirpera Nozomi de sa torpeur et donnera un nouveau sens à son existence. Je pressens déjà la pluie de critiques : « Déjà vu », » Totalement anecdotique », » D’un classicisme vain », etc…
Pour son deuxième film, Yûho Ishibashi a l’extrême pertinence de nous faire prendre le « train en marche ». Cette tranche de vie, prise à la volée, ne connait ni début ni fin. Nous découvrons sa protagoniste en arrêt sur un pont et dès les premiers instants, une idée latente de suicide nous submerge. Que cherche Nozomi ? A l’instar de George Bailey dans « La Vie est Belle » de Capra, va t’elle commettre l’irréparable ? Pourquoi ce regard au loin ? Quelles sont ses attentes ? En pointillé et sans trop appuyer son propos social, notre jeune réalisatrice japonaise évoque plus qu’elle ne convoque. Point de diatribe sur les dysfonctionnements d’une société archaïque et emprunte de traditions. Point de pamphlet sur la pression exercée dans le milieu professionnel ou au sein d’un couple, la réussite économique s‘accompagnant souvent d’une natalité galopante au Pays du Soleil Levant.
Notre cinéaste pose de nombreux jalons cernés de questions.
Autre poncif nippon ? Cette dernière affectionne les cadres millimétrés (on songe souvent à la science cinématographique des « Bas-fonds » de l’immense Kurosawa) et le sens de l’épure. Pour preuve, ce plan à l’apparente simplicité-mais absolument parfait- où notre couple d’amies éméchées débat en pleine nuit au milieu d’un carrefour. C’est beau. Juste beau. Et d’une grande poésie.
Enfin, cette rigueur technique ne serait rien sans la grâce de ses deux interprètes. Erika Karata (« Asako 1 & 2) et Haruka Imô (« Hokusai »), totalement complices, prouve que le moindre battement de cils est souvent plus éloquent qu’une parole prononcée.
Seule ombre au tableau, l’âge de Nozomi (24 ans) ne souffre d’aucune critique. La vie ? Devant soi. Alors que le roman développait le portrait d’une femme de 36 ans, célibataire, sans enfants et caissière dans une supérette (tiercé gagnant au Japon), Yûho Ishibashi donne des traits nettement plus jeunes à son anti-héroïne et l’éloigne d’un quelconque jugement hypothétique. C’est fort dommage. Plus glamour ? Cela reste à déterminer. Mais moins pertinent dans le fond.
Incontestablement.
Le détail est, certes, de taille mais n’endommage en rien notre plaisir de cinéphile.
« La fille du Konbini » est de cette race de films qui vous envoute, telle une fragrance, et ne vous lâche qu’au petit matin. Nozomi pourrait être votre voisine de palier, jeune fille fragile dont le désespoir se cache dans un sourire en coin. Ses interrogations sont les nôtres. Sa soif d’alternatives aussi.
Ne loupez pas ce haïku d’1h17.
Less is more ?
Encore et encore.
John Book.



