[Chronique] RIEN DE PERSONNEL – « Rhizome »

Un Rock qui pousse de travers, et c’est tant mieux.
Depuis Rennes, Rien de Personnel creuse son sillon à l’écart des lignes droites. Avec « Rhizome », le trio livre un disque dense et ramifié. Une œuvre qui aime bifurquer, nourrie d’influences multiples et d’une liberté farouche. Douze morceaux comme autant de racines, qui se croisent, s’entrelacent et surgissent là où on ne les attend pas. 



Formé en 2021, Rien de Personnel s’est toujours refusé aux étiquettes trop évidentes. Électro-rock ? Chanson indé ? Punk psychédélique ? La musique du combo se situe quelque part entre la rudesse ironique de Gwendoline, l’élégance sombre de Ex Fulgur. À la manœuvre, Steph Machin, auteur-compositeur et chanteur habité, scande des textes aigus, tantôt rugueux, tantôt rêveurs. Sa voix, cotonneuse parfois au bord du déraillement, convoque autant Kent période Starshooter ou Jacno période Faux Témoin. 
Autour de lui, Antoine Hivert apporte une approche aventureuse : claviers, guitares et textures électroniques dialoguent avec une rythmique organique, nourrie aussi bien de krautrock que de punk ou d’électro. François Desprez, enfin, colore l’ensemble de ses envolées de clarinette klezmer ou de trompette jazzy, injectant une énergie limite festive dans des morceaux pourtant traversés par une ombre très contemporaine. 

Enregistré et mixé par Ronan Gicquel, puis masterisé par notre talentueux ami du canada, Bruno Green, cet opus séduit par cette production rock maîtrisée au service du vertige et de l’atmosphère délicieusement zigzagante.

De la pop électrique ironique de « Ludovine » à la tension hypnotique et presque punk de « Efface », puis à la sensualité retenue de « Amore », l’album joue sur des contrastes marqués entre critique sociale, urgence et désir. « Connected » et « Sous la toile » explorent un monde contemporain à la fois hyperconnecté et distancié, entre nervosité électronique et parenthèse ambient. Le disque alterne ensuite énergie et vertige, course existentielle « Hurdle Racer », tension électrique « Sur le fil », confusion fiévreuse « Jet Lag » et nostalgie lucide « En ce temps-là ». Point culminant, « Goodbye » affronte la question de la mort avec une gravité poignante, avant que le surréalisme de « Wagon Lit » et le blues suspendu de « Hymne à la sieste » ne ferment l’album dans une douceur trouble, enivrante. 

Avec « Rhizome », Rien de Personnel signe un disque rempli de virages extatiques, d’inflexions surprenantes, de serpentins poétiques, de rages politiques polyphoniques et de tapages funambulesques. Un disque qui cultive donc les zones grises grisantes et invite à s’y perdre pendant 1h et plus si, comme moi, vous y trouvez des affinités Carmagnole.